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Paroles de Michel Auzeméry

sur le pays de Combade et Haute-Briance


C’est un regard attentif, à la fois douloureux et affectueux, que nous jetons, d’amont en aval, sur ce pays de Combade et Haute-Briance.

Elles sont là, les maisons de caractère... paysan, assemblées en villages échoués sur les pentes érodées et revêtues de manteau végétal, villages encore enlacés de ce qui leur reste de charrières, de haies et de chemins... Les voilà en plusieurs familles, faites à la main, avec la géologie et les traditions de charpentes : faibles pentes des pays de Vienne ou fortes pentes vers « la Montagne » imposent aux maisons leur silhouette et leur coiffure, mais toutes dans la même fidélité aux nécessités paysannes.

Le travail des champs a laissé sur leur visage les stigmates des vagues successives de l’évolution des techniques et des cultures, comme un livre ouvert, humble et sûr, à qui veut lire leur histoire, de leur naissance à leur naufrage vers le milieu du dernier siècle écoulé.

Aujourd’hui, elles disparaissent lentement, laissées à la ruine après la grande désertion, ou bien brutalement défigurées par l’ignorance et la vanité de nos façons décoratives à la mode pseudo-rustique. Les voilà donc « vieilles baraques retapées », maquillées et prostituées sous les clichés et les rictus du faux ancien, récemment divulgué par des catalogues amoureux de « vieilles pierres » : en fait de rusticité, ils prétendent en remontrer aux maisons paysannes elles-mêmes !

Il faut dire aussi que nos belles photos ont eu la pudeur d’éviter dans leur champ de vision les constructions nouvelles assiégeant les villages, raides et pimpantes, hérissées de leurs thuyas, confortables abris techniques certes, maisons d’aucun sol et d’aucun pays. Les enquêteurs nous ont aussi heureusement épargné l’envers désastreux du prestigieux et annuel Salon de l’Agriculture : hangars de banlieues industrielles, dépôts définitivement provisoires de débris épars et d’outillages périodiquement démodés, vides laissés par les constructions annexes disparues et abords bulldozerisés, bâches noires usagées et ficelles bleues en drapeaux et lambeaux à tous les vents... affligeantes écumes, peu glorieuses, sur les grèves de nos bidons-villages.

Valoriser notre patrimoine rural ? Que mettre en valeur sans faire de l’ostentation, et sur quelles valeurs se fonder ? Comment ? Pour qui ? De quel usage ou de quelle richesse culturelle peuvent bien être aujourd’hui les dernières voies creuses épargnées par le remembrement, les petits bouts de jardins manuels, les travails, les puits et les « clédiers », les fours et les âtres de maison, les fontaines et les croix de carrefours ? Quel est le charme d’oeuvres mortes, sans usage ni fonction, quoique astiquées, fleuries et fléchées, produits touristiques, même si on les célèbre à l’ancienne ?

Et pourtant, gens du pays et nouveaux arrivants, voici notre héritage commun. Peut-être est-il encore temps, à l’extrême, d’ouvrir les yeux, de comprendre, de modifier nos attitudes conformistes avant que tout ne s’évanouisse.

Dans leur fragile milieu culturel entre Combade et Briance, ces constructions paysannes qui vont s’effacer nous interrogent : de quelles réalités humaines permanentes encore visiblement signifiées par leur existence muette, profiteront ceux et celles qui veulent habiter ici aujourd’hui, dans des lieux intimes et respectueux, tant avec le paysage qu’avec le voisinage ?


Association Maisons Paysannes de France en Limousin           Nous contacter          Retour vers le haut de page         Comment imprimer